Ces médicaments qui polluent les rivières

Publié le par Camille

Ces médicaments
qui polluent les rivières

Marielle Court
18/04/2008 |
.
La France est, parmi les pays industrialisés, le deuxième consommateur de substances pharmaceutiques après les États-Unis. Des produits qui finissent en partie dans les cours d'eau.
La France est, parmi les pays industrialisés, le deuxième consommateur de substances pharmaceutiques après les États-Unis. Des produits qui finissent en partie dans les cours d'eau. Crédits photo : Laurent GRANDGUILLOT/REA

Des scientifiques s'alarment de l'effet de ces molécules difficiles à éliminer.

Antibiotiques, hormones, anticancéreux… ces médicaments envahissent insidieusement les rivières. L'eau de nos fleuves est pourtant de plus en plus transparente. «Dans les années 1960, c'était des cloaques infâmes», rappelle Pascal Berteaud, directeur de l'eau au ministère de l'Écologie. Les stations d'épuration étaient l'exception et les industries déversaient leurs eaux usées dans les fleuves en toute impunité.

Après s'être occupé des déchets les plus grossiers, on s'est aperçu qu'ils ne faisaient que cacher des pollutions plus diffuses. «On est passé de milligrammes par litre à des mesures en microgrammes par litre», poursuit Pascal Berteaud. C'est ainsi que sont entrés dans la danse les métaux lourds, les pesticides, les PCB… des produits plus compliqués à détecter. Au mieux plus sophistiqués à traiter, au pire quasiment impossibles à éliminer tels que les PCB stockés dans les sédiments.

Aujourd'hui, de nouvelles pollutions, guère plus réjouissantes que les précédentes, émergent. Il s'agit notamment des médicaments qui s'évaluent en nanogrammes par litre.

On a ainsi observé des poissons qui changeaient de sexe. «Il y a certes beaucoup plus de poissons aujourd'hui dans la Seine qu'il y a quelques années, mais ils ne sont pas tous en très bonne santé. On constate beaucoup d'altération génétique», constate Jean-Marie Mouchel, professeur spécialiste de l'eau à l'université de Jussieu. Certains scientifiques s'alarment. La prise de conscience est intervenue car les méthodes d'analyse se sont améliorées. En cause, les rejets humains bien sûr mais également ceux des hôpitaux, de l'industrie pharmaceutique ou, pire, des élevages. «Depuis que des campagnes de prélèvements ont été lancées dans différents pays du monde, on trouve des traces de médicaments partout et tout le temps», souligne Jean-Marie Haguenoer, membre de l'Académie de pharmacie, en charge d'un rapport sur cette question.

 

Recherches insuffisantes

 

«Le plus préoccupant, ce sont les produits de type anticancéreux, les hormones et les antibiotiques», poursuit le scientifique. Certaines stations d'épuration peuvent détruire en grande partie les molécules entrant dans la composition de médicaments, mais parfois «c'est seulement 40 %», s'inquiète-t-il.

Jean-Marc Audic, l'un des responsables du centre de recherche de Suez-Environnement, abonde. «La majorité des composés sont éliminés à plus de 70 % par les stations d'épuration, en particulier par les plus récentes. Mais il y en a qui résistent, comme certains perturbateurs endocriniens ou encore les herbicides», explique-t-il. Autant de composés que l'on retrouve dans les boues des stations. Que se passe-t-il alors si celles-ci sont épandues dans les champs ? «On ne connaît pas l'impact», poursuit Jean-Marie Haguenoer. «Ce qui est effrayant avec les médicaments, c'est qu'il s'agit de molécules actives faites pour agir sur le vivant», ajoute Marie-Hélène Tusseau, chercheuse au Cemagref.

Quant à savoir si ces traces de médicaments peuvent se retrouver dans l'eau potable, la réponse n'est pas évidente. «Il n'y a pas de souci avec les traitements les plus performants», affirme Jean-Marc Audic. «La vérité est que l'on ne sait pas trop», estime un chercheur. «Dans l'état actuel des connaissances, je ne pense pas qu'il y ait des risques majeurs. Il faudrait des années pour que l'on absorbe l'équivalent d'un traitement complet», estime Jean-Marie Haguenoer. Mais l'urgence à accroître les recherches est évidente. D'abord parce que nous sommes dans les pays industrialisés le deuxième consommateur de médicaments après les États-Unis. Une consommation qui augmente de 3 à 4 % par an.

Seules quatre ou cinq équipes travaillent directement sur cette question. «Il faut en faire une priorité en matière de risque environnemental et éventuellement pour l'homme», poursuit le membre de l'Académie de pharmacie. Sachant qu'en arrière-plan pointe une autre source de pollution : les nanoparticules qui entrent aujourd'hui dans la composition de milliers de produits.

     

Publié dans PRESSE ET MEDIAS 2

Commenter cet article