Un Tchernobyl à la française

Publié le par Camille

 CITE CANCERISEE PAR LES PCB
Un Tchernobyl à la française

Le scandale est tellement énorme qu’il ne peut qu’être étouffé !

La petite ville de Port Saint Louis (8 700 habitants) a tout d’une petite cité du bonheur. L’envers du décor est hélas moins, beaucoup moins, plaisant. Nichée aux portes de la Camargue, elle paye au prix fort l’empoisonnement de cette dernière aux PCB. Depuis quelque temps, dans cet écosystème fragile, une espèce en particulier est frappée : l’homme. Les cas de cancers se multiplient sur des sujets jeunes et non considérés à risque.

Si a dessein les autorités se refusent à mettre en place un registre des cancers, professionnels de santé et population se désespèrent. Pourtant pas besoin de statistiques, les ravages se mesurent à l’oeil nu. Entre décès et multiplication des cas, les cancers sont partout. Certaines sources médicales, vont jusqu’à avancer que les cas de cancer seraient dans ce triangle de la mort de 70% plus élevé que la moyenne nationale. Située dans le bassin de Fos sur Mer, à quasi mi-distance entre Marseille et les Saintes Maries de la Mer, entourée de marécages, la ville de Port Saint Louis s’est développée à l’embouchure du Grand Rhône, dans des activités principalement tourné vers la mer. Celle que l’on baptise également la cité du bout du monde, est le royaume de la pêche et de la conchyliculture.

Une symbiose avec le milieu que ses habitants payent aujourd’hui au tarif le plus fort. Pour comprendre ce qui se passe, il faut se rappeler que la Camargue se trouve en fin de chaîne de ce qui fût un fleuve sauvage, le Rhône.

Depuis les années 70 les industries chimiques de la vallée du Rhône ont rejeté sans compter et surtout sans contraintes des autorités sanitaires de très grandes quantités de polluants dans le fleuve. Principale accusée l’usine Tredi située dans l’Ain, au Nord de Lyon qui a déversé avec autorisations préfectorales des quantités importantes de PCB, une dioxine particulièrement toxique et cancérigène et surtout insoluble. Au fil du temps, cette pollution invisible s’est notamment déposée dans les sédiments du fleuve, sur tout son cours. Avec les crus, les sédiments sont descendus et se sont accumulés en Camargue.

La présence de PCB dans le Rhône est attestée de longue date. Ils ont été largement déversés dans le fleuve dans les années 1980. La responsabilité de l’usine de retraitement de déchets Tredi, implantée à Saint-Vulbas, dans l’Ain, avait notamment été mise en cause lors d’un épisode de pollution survenu dans les années 80. Connue depuis 30 ans par les autorités, la pollution du Rhône avait été opportunément “oubliée”. Dans l’administration, quand on veut une promotion, mieux vaut éviter de soulever des problèmes pour lesquels on n’a pas de solutions. Le traitement de la question des PCB dans le Rhône doit à ce titre être considérée comme de la même veine que deux autres scandales sanitaires majeurs : l’interdiction très tardive de l’utilisation de l’amiante en métropole mais aussi du chlordécone dans les Antilles françaises alors que la dangerosité de ces produits était incontestablement établie et reconnue.

En novembre 2007, ans dans un communiqué le WWF évoquait “un Tchernobyl àla Française”. De Lyon jusqu’à la mer, le Rhône est pollué. Suffisamment pour que sur 300 kilomètres de son parcours, le couloir de la chimie, des arrêtés préfectoraux interdisent de consommer les poissons du Rhône. Des analyses ont révélé que différentes espèces de poissons contenaient des quantités de polychlorobiphényles (PCB), jusqu’à 40 fois supérieures aux normes admises pour une consommation quotidienne par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et les autorités sanitaires européennes et françaises. La pollution est due aux PCB, plus connus sous leur nom commercial de Pyralène. Interdits à la vente depuis 1987, ils étaient massivement utilisés depuis les années 30 comme isolant électrique, notamment dans les appareils EDF. Considérés comme des produits toxiques semblables à la dioxine, ils font partie des douze Polluants organiques persistants (POP), redoutables en raison de leur durée de vie extrêmement longue. Leurs effets cancérigènes sur l’homme et l’animal ont été reconnus et répertoriés (retards de croissance, des problèmes de fertilité, cancers).

Furieux contre le silence entourant cette pollution massive, plusieurs communes bordant des bras du Rhône ont décidé de porter plainte contre X, pour “pollution des eaux et abandon de déchets contenant du PCB”. Une démarche initiée par le maire de Meyzieu, Michel Forissier reçue avec condescendance par l’administration qui lui a opposé en guise de réponse un simple ‘Ça fait vingt ans que ça dure!’.

Les POPs sont des molécules complexes qui, contrairement aux autres polluants, ne sont pas définies en fonction de leur nature chimique mais à partir de quatre propriétés :

- la toxicité : elles ont un ou plusieurs impacts prouvés sur la santé humaine ;
- la persistance dans l’environnement : les molécules résistent aux dégradations biologiques naturelles ;
- la bioaccumulation dans les tissus vivants et l’augmentation des concentrations le long de la chaîne alimentaire ;
- le transport sur de longues distances.

Les applications commerciales de ces composants ont commencé à être diffusées dès les années 1930, mais il faudra attendre plusieurs décennies avant la prise de conscience progressive qu’ils peuvent être nocifs pour l��environnement et pour l’homme. Ils sont insolubles dans l’eau, mais solubles dans la plupart des solvants organiques et dans les huiles végétales, stables et pratiquement non biodégradables.

De plus ils sont cumulables dans la chaîne alimentaire (concentration dans les tissus vivants), et dégradables à haute température en conduisant à la formation de furanes et de dioxines (toxiques et cancérogènes). Très peu solubles, ils se sont donc accumulés dans les sédiments du Rhône, puis dans les graisses des poissons. Or leur toxicité est équivalente à celle de la dioxine pour des consommateurs réguliers de poissons, selon l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa).

 

L’ampleur de la pollution et de ses conséquences sur les populations est énorme. Mobilisées depuis plus de trente ans sur ce dossier, la FRAPNA et FNE sont très en pointe dans la lutte face à l’immobilisme de l’Etat. Au delà de la pollution, le plus choquant réside dans le silence long de vingt ans de l’administration, qui a permis à la catastrophe de prendre de telles proportions alors que les premiers prélèvements mettant en évidence un taux élevé de PCB dans les poissons du Rhône datent de 1985. Il faudra en effet attendre 2005 pour que la consommation de poisson soit enfin interdite grâce à l’initiative d’un pêcheur qui, faisant analyser ses poissons, découvrira chez l’un d’eux un taux de plus de 40 fois la norme autorisée par l’Organisation mondiale de la santé.

Des faits légitimement inadmissibles pour ceux qui aujourd’hui souffrent dans leur chair ou qui voient la santé de leur proche menacée. Fautif, une première fois l’Etat, mais surtout les fonctionnaires et les politiques qui lui donnent corps, doubleront-ils leurs erreurs par une non assistance à population en danger ? Le scandale est tellement énorme qu’il ne peut qu’être étouffé. Sauf à mutualiser les forces et a dénoncer avec vigueur par les voies d’information alternatives un drame sanitaire sans équivalent. Un combat qui nous concerne tous car, d’autres fleuves et rivières sont également touchés par ce type de pollution.

En 2007, les préfets de l’Ain, de l’Isère et du Rhône ordonnaient le 22 février, quinze jours avant l’ouverture de la pêche à la truite, « au nom du principe de précaution », l’interdiction de toute consommation humaine et de commercialisation de poisson dans une zone d’une centaine de kilomètres, depuis le barrage de Sault-Brénaz dans l’Ain, à 55 kilomètres à l’est de Lyon, jusqu’à celui de Vaugris au sud de Vienne dans l’Isère.

L’analyse des poissons, et surtout celle des sédiments du fleuve, avait révélé qu’ils contenaient des quantités alarmantes de polychlorobiphényles (PCB), qui appartiennent à une catégorie de douze polluants chimiques particulièrement dangereux, désignés par l’ONU sous l’appellation de Polluants organiques persistants (POPs). aux termes du protocole d’Aarhus de juin 1998 et de la convention de Stockholm de mai 2001.

Les medias n’ont commencé à évoquer la catastrophique pollution du Rhône qu’en mars 2007, après l’annonce des premières mesures d’interdiction de consommation humaine et de commercialisation du poisson, qui vont aller crescendo jusqu’à l’été 2007, avec par étapes successives des arrêtés d’interdiction qui concernent, en aout 2007, 300 kilomètres du Rhône, jusqu’à son embouchure en Camargue.

Publié dans PRESSE ET MEDIAS 2

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