La trop belle histoire

Publié le par Camille

La trop belle histoire
du génie allemand

Laurent Suply (lefigaro.fr) 17/04/2008 |.
Un astéroïde, ici Ida. (Nasa)
Un astéroïde, ici Ida. (Nasa)

L'adolescent, âgé de seulement 13 ans, se targuait d'avoir trouvé une faille dans les calculs de la Nasa. L'agence américaine a remis les pendules à l'heure. Explications.

Il porte le nom du dieu égyptien de la destruction, et pourrait bien détruire la civilisation. Apophis est un gigantesque caillou qui croise aux environs de la Terre. Cet astéroïde d'un diamètre d'environ 250 mètres a été découvert en 2004. Depuis, les astronomes ne cessent de plancher pour calculer la probabilité d'une rencontre avec la Terre. Dernier chiffre en date : une chance sur 45.000 (soit 0,0022 %) lors de son passage au plus près de la Terre, le 13 avril 2036.

Mais, coup de théâtre, un adolescent allemand affirmait avoir corrigé les calculs du Near Earth Object Program de la Nasa. Selon Nico Marquardt, 13 ans, Apophis aurait une chance sur 450 de frapper notre bonne vieille terre. Une sacrée différence… Faut-il vraiment commencer à construire des bunkers pour survivre à ce cauchemar ?

 

« Der Killerasteroid Apophis »

 

Dormez tranquille : si ce scénario digne d'Hollywood reste du domaine du possible, la probabilité calculée par la Nasa reste la plus scientifiquement valable. Car, contrairement à certaines informations de presse, les chiffres avancés par Nico Marquardt n'ont jamais été validés, ni par la Nasa, ni par son homologue européenne l'Esa.

Tout commence le 8 mars dernier, lorsque l'adolescent remporte la qualification régionale d'un concours scientifique pour enfants nommé « Jugend forscht ». L'information fait une brève dans le journal local, le Potsdamer Neueste Nachrichten. Le rédacteur cite le nom du projet qui lui vaut cette victoire « Der Killerasteroid Apophis », mais aucune mention de son génial quoiqu'effrayant calcul.

Le sujet fait son retour dans les colonnes du journal allemand un mois plus tard, le 11 avril. Dans un article intitulé « Apophis im Anflug » (Apophis en approche), le Potsdamer Neueste Nachrichten raconte comment, grâce à des « observations » réalisées à partir d'un télescope du Astrophysikalischen Instituts Potsdam, le petit génie de l'astronomie a pu « corriger » la Nasa.

Selon lui, les scientifiques américains auraient oublié de prendre en compte la possibilité d'une collision d'Apophis avec un satellite géostationnaire autour de la Terre lors de son prochain passage, prévu en 2029. Un impact qui aurait pour conséquence, dit-il, d'augmenter drastiquement la probabilité d'un crash cataclysmique sur Terre. Caution scientifique : la Nasa aurait dit à l'Esa que le jeune homme avait raison. Un article du Bild, puis des dépêches françaises et anglaises de l'AFP suffisent ensuite à donner un écho international à cette séduisante histoire.

 

L'Esa dément

 

Problème : contactée par lefigaro.fr, l'Agence Spatiale Européenne dément fermement ces informations. « C'est inexact, les chiffres sont faux », indique-t-on à l'Esa. Selon l'agence, la confusion viendrait du fait que Markus Landgraf, l'un des spécialistes es-météorites de l'Esa, aurait donné quelques conseils sur les calculs de trajectoires au jeune allemand. Mais en aucun cas il ne s'agirait d'une approbation à ces nouveaux chiffres. De même, Donald K. Yeomans, responsable du Near Earth Object Program de la Nasa, a fermement démenti, qualifiant la nouvelle de «canular». Un démenti officialisé peu après par un communiqué de l'agence américaine dans lequel la Nasa «maintient » ses chiffres et affirme que ses services n'ont « pas été contactés et n'ont eu aucune correspondance » avec le jeune allemand.

Au passage, Apophis a subi une cure de musculation, puisque son poids est passé de 21 millions de tonnes (selon le catalogue officiel des Near Earth Object de la Nasa) à 300 milliards de tonnes (selon le journal de Postdam suivi par les autres médias).

 

« Aucune menace » pour les satellites géostationnaires

 

Qui plus est, la Nasa n'a pas du tout oublié de prendre en compte la présence des satellites géostationnaires lors du passage du vendredi 13 avril 2029. Dans une étude récente, ses chercheurs notaient bien qu'Apophis passeraient à 29.470km de la Terre. Soit plus près que l'orbite géostationnaire, située à 35 786 km, sur laquelle évoluent quelque 1.120 satellites et autres objets spatiaux. Cependant, la Nasa soulignait qu'Apophis arriverait avec un angle d'attaque de 40° par rapport au plan de l'équateur, qui est aussi celui de l'orbite géostationnaire, qui forme en quelque sorte un « anneau » autour de la Terre. Apophis ne représente donc « aucune menace » pour les satellites géostationnaires, conclut l'étude (disponible en PDF).

Même dans le cas d'une collision aussi improbable, difficile d'en déduire les conséquences pour la trajectoire d'Apophis, dont on ne connaît encore aucune caractéristique technique avec certitude. Les débris du satellite se disperseraient probablement sur l'orbite géostationnaire sans menacer la Terre. «Le rapport des masses en jeu est tel qu'une collision avec un satellite d'une dizaine de tonnes ne modifiera pas de manière très sensible l'orbite de l'astéroïde», ajoute Jean-Paul Berthias, expert senior au Centre National des Etudes Spatiales. Et certainement pas de quoi modifier la probabilité d'impact d'un facteur 100.

Enfin, toutes ces prédictions celles de la Nasa comme celles du jeune allemand - pourraient être bouleversées par une rencontre d'Apophis avec un de ses cousins, nommé 2004 VD17, un des 947 astéroïdes « potentiellement dangereux » pour la Terre. L'impact entre les deux cailloux, une bénédiction pour notre planète, pourrait se produire en juillet 2034.

»Voir aussi ce diagramme animé de l'orbite d'Apophis à travers le système solaire.

Publié dans PRESSE ET MEDIAS 2

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