La modernité au scanner

Publié le par Camille

La modernité au scanner, un livre de Pierre Le Vigan
Noël Rivière
Théoriciens :: Autres
La modernité au scanner, un livre de Pierre Le Vigan
La modernité est en période d’épuisement historique. Consommer toujours plus, être toujours plus compétitif, être toujours plus « ouvert » sur le monde, tout cela aboutit à ce que les peuples soient de moins en moins eux mêmes. S’ouvrir ? Oui, mais pour donner quoi et recevoir quoi ? C‘est cette crise de la modernité finissante qu’examine Pierre Le Vigan, collaborateur notamment des revues Eléments et Nouvelle Ecole. L’auteur explique pourquoi la société est de plus en plus désintégrée, et pourquoi les repères de valeurs s’estompent. Le capitalisme financier se dresse contre les producteurs, le travail n’est plus facteur d’intégration, le culte de l’urgence rend fou l’individu hypermoderne, la religion de la transparence nie les intimités et met l’homme à nu. Il n’est dés lors pas étonnant qu’il se blesse et que les maladies psychiques explosent. Dans ce contexte, l’immigration rend plus fragile encore le socle commun de souvenirs, le sens d’un avenir partagé et le monde commun lui même qui fonde la common decency.

La ville est le lieu où cette crise du lien social se traduit le plus nettement, puisqu’elle est le lieu de la production des formes et qu’elle donne ses couleurs à nos vies et à notre imaginaire. Or cette ville est à la fois tentaculaire et vidée de son intensité urbaine que ne rappelle plus que les centres commerciaux géants ou les flammes des jours d’émeutes. Société fragmentée en multiples infra-cultures tribales, ville désurbanisée et ghettoisée, l’étonnant serait que le politique se porte bien. De fait, le politique a perdu son espace qui est l’espace public, le libéralisme qui a toujours sous estimé la nécessité de liens communautaires devient la caricature de lui-même : il n’est plus la responsabilité de chacun, il n’est plus le droit à l’initiative. L’hypermédiatisation transforme la démocratie représentative en coquille vide, et la démocratie d’opinion prend la place d’une souhaitable mais impossible démocratie directe dans une société dont le lien social s’effrite voire se rompt.

Dans cette situation il ne peut y avoir, indique Pierre Le Vigan, qu’une réponse globale qui prenne en compte l’ensemble des pratiques de l’homme. La société doit confectionner à nouveau du lien social au service d’un projet de civilisation : indépendance de l’Europe, économie relocalisée et auto centrée. Pierre Le Vigan défend un véritable projet écologique qui prenne d’abord en compte les besoins d’enracinement de l’homme. Comme l’écrit l’auteur, nous sommes plongés dans une « guerre des valeurs » : s’aligner sur l’Amérique, ou être plus américain que l’Amérique – c’est encore une façon de raisonner dans les mêmes termes quantitatifs et marchands. C’est pourquoi, à l’inverse, l’auteur propose de penser la puissance autrement, comme la force intime d’une civilisation, irriguée par sa propre conception du monde. Conscient de la nécessité d’être concret et pragmatique, l’auteur évoque longuement et précisément les conditions pour redonner sens à la démocratie confisquée qui est la notre. Il propose ainsi une dose de proportionnelle mais s’oppose à la proportionnelle intégrale, il prône le référendum d’initiative populaire et préconise de dissocier nationalité et citoyenneté. C’est ainsi qu’apparaissent les grandes lignes d’une démocratie impériale européenne. « Nous ne cesserons d’affirmer le monde contre ce qui va dans le sens de sa négation [et] de la mort de l’esprit » écrit Pierre Le Vigan

Pierre Le Vigan, Inventaire de la modernité avant liquidation. Au delà de la droite et de la gauche, études sur la société, la ville, la politique, Avatar Éditions, préface d’Alain de Benoist, 420 p., 39 €. Disponible chez librad.com.

Né en 1956, l’auteur est issu d’une famille ouvrière et paysanne et a grandi en proche banlieue de Paris. Pierre Le Vigan est urbaniste. Il a d’abord publié, dans les années 1970, dans des revues proches du nationalisme européen et de l’anticapitalisme national. Il en a gardé le goût de la pensée libre et la défiance envers les dogmes et idées toutes faites. Il a toujours défendu l’idée d’une troisième voie entre économie bureaucratique et marché débridé, entre socialisme d’Etat et libéralisme sauvage.

Il voit dans les deux systèmes deux modalités d’une même sauvagerie. Il critique en s’attachant à comprendre leurs évolutions le productivisme, le libre échange mondial, et donc la société marchande et la dilution des identités populaires. Indépendant des engagements étroitement militants, il est attentif aux mouvements de la société et a publié, notamment dans Eléments, et sur des sites internet, des articles d’interrogations sociologiques et philosophiqes. Ses écrits sont nourris tant de ses lectures que de ses expériences.

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