OGM : quel choix de société ?

Publié le par Camille

OGM : quel choix de société ?

 

Le débat parlementaire qui doit se terminer dans la nuit de jeudi à vendredi risque de ne pas mettre en pratique les mesures affirmées par Nicolas Sarkozy affirmées à l’issue du Grenelle de l’environnement.



En octobre dernier, pour clore le fameux Grenelle de l’environnement, Nicolas Sarkozy avait énoncé, parmi des mesures phares à venir, la suspension des cultures OGM. La loi qui sera votée par le Parlement risque de ne pas mettre en œuvre cette intention.

 

Jusqu’à jeudi, l’Assemblée nationale examine le projet de loi sur les OGM. Déjà adopté par le Sénat, contesté en bloc par les écologistes et les « faucheurs », ce texte doit aboutir à la transposition honnête d’une directive européenne de 2001.

 

On peut s’étonner que le débat parlementaire français ne soit pas plus éclairé scientifiquement alors que la directive a déjà 7 ans. Les députés, même lorsqu’ils cherchent une posture d’équilibre, sont perplexes, à droite comme à gauche, sur la conduite à tenir pour respecter la nature tout en poursuivant les efforts de la science. La majorité d’entre eux adopte une attitude prudente tout en affirmant les bénéfices de la recherche sur les OGM. A la quasi-unanimité, les députés de notre pays refusent de laisser la technique et la commercialisation des OGM à une firme unique comme Monsanto (comme cela a été fait aux Etats-Unis). Quant aux progrès de la recherche, aucun élu de la Nation ne les remet fondamentalement en cause. La production d’insuline et certains matériaux peu polluants sont par exemple issus des techniques transgéniques.

 

Dans une tribune publiée par le Figaro, mardi 1er avril, 72 parlementaires UMP dénoncent les « discours simplificateurs et caricaturaux ». Mais que dire de l’argument -réfuté par de nombreux spécialistes agricoles- selon lequel l’indépendance alimentaire de la France et de l’Europe passerait pas les plantes transgéniques ? La Commission européenne a précisé la définition commune des OGM pour les 27 Etats membres de l’Union : "un OGM est un organisme dont le patrimoine a été modifié de manière non naturelle". Les scientifiques partisans de l’agriculture bio insistent sur cette différence avec les plantes modifiées par reproductions ou croisements naturels (procédés pratiqués depuis les débuts de l’agriculture ou presque). Le projet de loi, tel qu’il a été retoqué dans un premier temps par le Sénat, avant d’arriver à l’Assemblée, tente de ménager la chèvre et le chou sans apporter de garanties techniques pour permettre la coexistence sans risque entre la recherche scientifique sur les OGM et une agriculture conventionnelle ou biologique. C’est visiblement le point central de la discussion parlementaire du moment. Le biologiste Jean-Marie Pelt estime que les OGM représentent un risque pour le patrimoine génétique de la planète en entraînant une course folle aux pesticides. Ses arguments sont entendus par des députés plus sceptiques que d’autres aujourd’hui.

 

Ce débat sur les OGM n’est pas seulement une question d’agriculture. C’est un choix de société que nos députés doivent trancher.

 

Laurent Watrin

 

 

 



Laurent Watrin, journaliste et militant européen

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