Le lobby : une réalité bonne ou mauvaise ?

Publié le par Camille

Le lobby : une réalité bonne ou mauvaise ?

H. Constanty et V. Nouzille, deux journalistes indépendants enquêtent au sein de l’Assemblée nationale pour évaluer l’importance de l’implication des lobbies dans le vote de nos lois. Mon article se propose de rendre compte brièvement des résultats de cette recherche pour informer le lecteur et provoquer une prise de conscience individuelle : pour ou contre la présence des lobbies auprès de nos députés ?

Actuellement, aucun secteur d’activité de l’économie française n’échappe à la mainmise des lobbies.

Areva, numéro un du nucléaire mondial s’est lancé à la conquête du marché de l’énergie avec EDF, GDF, Suez et l’Ademe. L’Ania regroupe les industries alimentaires (Danone en est l’exemple le plus connu). EADS, Airbus et Ariane contrôlent la majorité des entreprises liées à l’armement, l’aéronautique et le spatial.

L’objectif des lobbies ne se limite pas uniquement à s’emparer de la totalité des initiatives du monde économique. Il s’agit aussi de communiquer et d’influencer les pouvoirs publics et les élus en cherchant à orienter tout projet ou toute proposition de loi en faveur des intérêts financiers des lobbyistes. Mme Laurence Parisot, présidente du Medef (75 000 entreprises) se dit « résolument engagée dans le lobbying parlementaire et politique ».

Comment et pourquoi ces groupes de pression prennent-ils part aux débats parlementaires ?

L’enquête « Députés sous influences » menée par deux journalistes indépendants (H. Constanty et V. Nouzille) à l’intérieur de l’Assemblée nationale montre que les lobbyistes rivalisent d’imagination pour séduire les députés et les gagner à leur cause.

Le groupe lobbyiste de conseil Altédia organise régulièrement des colloques à la Maison de la chimie à Paris. Il a invité Monsanto et le Crédit agricole à participer à des discussions parlementaires sur l’agriculture et le développement durable. Le laboratoire américain Pfizer a lui aussi été convié à un séminaire sur la maladie d’Alzheimer et, dans le même ordre d’idées, Abbot, Sanofi Adventis, Roche Pharma et Kraft ont assisté à des discussions concernant la lutte contre l’obésité.

Certains groupes d’études liés à la santé n’échappent pas, eux aussi, à l’influence des lobbies.

Claude Greff député UMP élue en 2002, interrogée par Hélène Constanty et Vincent Nouzille, déclare : « les membres du groupe d’études sur le Cancer ne parlent que de médicaments et de recherches. Ils oublient l’essentiel : le malade... »

Le Club Génération Entreprise revendique plus de 500 amendements qui ont permis des avancées culturelles et sociales attendues par le monde économique et les chefs d’entreprise. Son président est Olivier Dassault, l’Etat français lui achète des avions militaires et il a des appuis auprès de Michèle Alliot-Marie.

Jusqu’où le monde de l’industrie commerciale et pharmaceutique peut-il être représenté dans les débats politiques ? Nos députés sont-ils neutres et indépendants ou sont-ils corrompus par les groupes de pression qui se sont insinués à l’intérieur du palais Bourbon ? Pourquoi les articles 23 et 79 du règlement intérieur de l’Assemblée nationale ne sont-ils pas appliqués ? (cités en fin de texte)

Le citoyen que nous représentons doit-il fermer les yeux sur de telles pratiques ou doit-il se positionner pour demander un débat national sur la transparence et la régulation du lobbying à l’Assemblée nationale ?

L’étranger pourrait nous apporter un éclairage nouveau et nous proposer des pistes de rénovation de l’image des lobbyistes et du lobbying en France.

Au Québec, un commissaire au Lobbyisme, indépendant de l’administration gouvernementale, désigné par l’Assemblée nationale, de par sa formation juridique, contrôle, surveille et fait évoluer la mise en œuvre de la loi sur la Transparence et l’éthique en matière de lobbyisme.

Des mesures disciplinaires et des sanctions pénales sont prévues pour les lobbyistes contrevenant à la loi.

Enfin, les renseignements concernant les activités des lobbyistes sont consignés dans un registre accessible au public.

Pour évoluer vers plus de démocratie ne devrions-nous pas nous inspirer de ces avancées mises en œuvre au Québec ?

Cher citoyen, acceptez-vous de faire confiance aux lobbies ou les considérez-vous comme une nouvelle forme de dictature et d’asservissement des temps modernes ?

Nos sources : Députés sous influences. H. Constanty, V. Nouzille. Fayard.

Manuel de lobbying. M. Clamen Dunod.

www.commissairelobby

Article 23 : « Est interdite à l’Assemblée nationale toute forme ou dénomination groupe de défense d’intérêts particuliers locaux ou professionnels... Est interdite à l’Assemblée nationale toute réunion de groupement ».

Article 79 : « Il est interdit à tout député sous les peines disciplinaires prévues aux articles 70 à 76 d’exciper ou de laisser user de sa qualité dans des entreprises financières, industrielles ou commerciales ou dans l’exercice de professions libérales ou autres et d’user de son titre pour d’autres motifs que pour l’exercice de son mandat. »

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