Sarkozy n’aime pas la paix, quoique...

Publié le par Camille

Sarkozy n’aime pas la paix, quoique...

En janvier dernier, notre aimé petit père des peuples nous vantait une civilisation en route. Cette civilisation, il nous la façonne avec de la génétique, de la non-repentance à Marseille, du Dieu à Latran et à Riyad et de la guerre par antinomie avec Guy Môquet, le parrainage d’enfants juifs, le plateau des Glières et en direct avec une armée dans le détroit d’Ormuz, mille hommes de plus en Afghanistan et ses deux discours très inquiétants l’un en juillet dernier à l’Île Longue et l’autre à Cherbourg le 21 mars, lendemain du printemps.

 

Pour l’instant, la seule paix que recherche notre boute-feu c’est avec les dictateurs et les dictatures : Omar Bongo obtient la tête du transfuge Bockel, Kadhafi vient faire du shopping à Paris en caravane, Poutine a des spécificités bien à lui que l’on respecte et comprend, et enfin un grand, un immense silence du pourtant éternel bavard sur le Tibet. Ca pour le Tibet, Sarkozchef veut la paix, la grande et muette paix. Pas un mot, pas une vague du 9 mars début des émeutes au 24 mars où selon les sources seront de 9 (Chine) à 130 (Tibétains en exil) morts. Qu’importe les déclarations devant le Parlement européen où la politique devait être éthique et que de ne pas l’être on perdait et l’honneur et les marchés. Là, Aréva, mérite bien quelques massacres. La flamme olympique traversera dans la nuit des consciences un Tibet dont elle éclairera silencieusement les places où s’assombrira le sang encore humide des moines fusillés. Il est vrai que Bush a annoncé que les Etats-Unis ne boycotteront pas les jeux Olympiques et autres chinoiseries. Cependant la France va adresser, repris dans l’immédiate foulée par Condoleezza Rice - à se poser la question si ce léger revirement n’est pas en accord avec la Grande Amérique, et fort de ce soutien à venir (ou grillé par la rapidité de Speedy à toujours être le premier à faire des annonces) si le petit poucet français ne pousse par un cri de poussin en gonflant la poitrine - , une demande en phrases diplomatiques fort insignifiante car si généraliste que tout est englobé : aucune responsabilité de la Chine ni aucune condamnation ne sont citées. Il faut rappeler aussi que les Etats-Unis avait déjà fait appel au calme ("Nous avons appelé tout le monde à se garder de recourir à la violence et à établir un dialogue"). Cette France propose ses services, quinze jours - c’est long, très long - après le commencement de la révolte, dans le cadre du partenariat stratégique franco-chinois*. A ma droite, il y a donc la paix, cette paix-là, la paix d’avec les puissants et les peuplés, les dictatures qui ont du pétrole et des marchés. Et, à mon autre droite, il y a la guerre sous toutes ses formes.

Sarkozy nous entraîne dans une drôle de barque. Le bousculeur de protocole nous propose rien de moins que de nous engager dans une nouvelle croisade. Tous les éléments pertinents se mettent en place. On peut légitimement se demander quelles sont les raisons objectives et historiques qui amènent le chef de l’Etat à insister si lourdement sur la dernière guerre mondiale. De nombreux discours nous entraînent en arrière, beau pas en avant, belle rupture, belle construction de paix et d’amitié. Cela a commencé par la non-repentance. Flatter le petit orgueil gaulois, remuer les tripes des sans-cervelles. Faire resurgir une fierté tricolore et gommer ses hontes. Pour Guaino, Vichy n’est pas son histoire. Il n’était pas né. Pourtant notre guide à Latran fait remonter notre France à Clovis et lui donne une âme chrétienne. Cette repentance rejetée pousse notre Minimo dressé sur ses ergots en pleine campagne électorale à insulter l’Allemagne en déclarant dans un discours qui fait vibrer les cœurs sanguinaires que nous n’avions pas inventé la solution finale. Que venait faire cette lamentable et honteuse déclaration dans une campagne électorale franco-française ? En quoi avait-on besoin de prendre pour sujet de campagne la guerre de 39-45 ? Pour quelles obscures raisons avait-on besoin d’utiliser la montée de la haine contre un ennemi ainsi désigné et remis au goût du jour ? Les réponses sont dans les questions. Cela s’est poursuivi par Guy Môquet, lettre émouvante car la mort est là, mais lettre où il n’y a ni héroïsme ni gloire ni projet ni France, mais que de l’erreur historique, que de la haine, haine à laquelle la France a participé car il a bien fallu que la France offre ces martyrs à ceux qui vont les fusiller. En fait, il n’y a là que du négatif. Car chaque fois qu’il y a une victime, il y a un bourreau et un ennemi. Et chaque fois qu’il y a un ennemi, il y a un désir pour certains de justice, pour d’autres de vengeance. Quel intérêt à l’heure actuelle dans une Europe qui se construit avec difficulté, dans une amitié péniblement acquise entre la France et l’Allemagne, y a-t-il à institutionnaliser la haine sous-jacente d’un ennemi ancien, en l’occurrence le pays de Goethe ? Cette lignée négative de notre roitelet s’est poursuivie par l’ignominieuse idée de faire parrainer un enfant juif déporté par chaque élève de CM2. Toute cette trame de résistance française et de guerre se poursuit dans les symboles. On fête un poilu, pourquoi pas car c’est le dernier, mais c’est à nouveau sur l’autel de la guerre que l’on sacrifie la réconciliation. On glorifie ce qui n’est jamais qu’au bout du compte les morts et la sauvagerie. Et ce n’est pas parce qu’il a fallu défendre son territoire ou certains idéaux qu’il faut en faire une philosophie nationale quand la paix est l’objectif primordial. Je laisse pour cela la parole à Jean-François Deniau qui le disait bien mieux que moi en 1994 : "J’ai entendu trop de propagande et je sais trop comment se monte une campagne, comment telle déclaration a été préparée pour corriger telle image et comment telle image a été lancée pour imposer tel personnage. En se servant (...) des cercueils recouverts du drapeau tricolore. Il paraît que la minute de silence devant les cercueils vaut plusieurs points dans les sondages. On se la dispute. C’est beaucoup mieux que l’embrassade des vedettes, la décoration des sportifs."

De ces symboles, Massimo s’en fabrique. Il veut laisser son nom dans l’Histoire. Pour cela, il peut se rassurer, il le laissera. Mais il veut une gloire éternelle. Il aurait fait, selon Le Figaro du 18 juin 2007, à propos de cette lettre, cette surprenante et mégalomaniaque déclaration : « il restera le Panthéon de François Mitterrand et la clairière du bois de Boulogne avec la lecture de la lettre de Guy Môquet ». Il veut laisser des images de lui dans l’Histoire. Celle d’un grand homme. C’est la raison de la mise en scène du plateau des Glières. Déposé par une voiture blindée transportée spécialement par avion et retour en chenillette - que du simple et de l’écologique que montre bien la photo -, il fait vingt petits mètres dans la neige et on filme une image d’homme sage et recueilli. Une image, seulement une image. Si Mitterrand allait à la Roche de Solutré, c’est en raison d’une promesse de résistance. Sarkozy doit avoir le regret immense de ne pas avoir fait la guerre. Un roquet dans un tank aurait été sa place. De loin, envoyer des obus. Voilà ce qui lui aurait plu. Un terme qui le fait rêver : la puissance de feu. Dans notre contexte actuel, cette venue au plateau des Glières n’a aucun sens. Les deux seules motivations que l’on puisse y trouver sont le marketing et au fond de lui une mystique de la guerre. Et cela fait peur.

Sans passer devant l’Assemblée nationale, sans aucune discussion, il décide souverainement lors de son escapade arabe de mettre un contingent français dans le détroit d’Ormuz. Il récidive en envoyant 1 000 soldats supplémentaires en Afghanistan. Hormis une urgence extrême comme à Kolwezi, il est des plus normales que toute décision d’envoyer des troupes importantes passe par la discussion des représentants du peuple. Il décide pour nous de faire de la France un pays guerrier.

Minimo déclarait à l’Île Longue le vendredi 13 (cela porte malheur) juillet 2007 : « La sécurité de notre pays, c’est une priorité absolue et elle repose sur les épaules du président de la République et, en quelque sorte par délégation, sur les vôtres » (c’est-à-dire celles des sous-mariniers déclencheurs de missiles à têtes d’Uranus)... « Je n’hésiterais pas à prendre des décisions qui s’imposeraient, si les intérêts vitaux de notre pays et si sa sécurité étaient menacés ». Alors que la guerre froide est morte, alors que l’AIEA s’escrime à dénucléariser le monde, voilà que ce boute-feu de va-t-en guerre de président se met dans la posture de celui qui déclencherait le feu nucléaire. Personne ne lui demande rien. Aucun missile n’a sa tête dirigée contre la France. Personne autour de nous en Europe ne se prépare à une guerre atomique, il joue à se rendre important. Cette phrase est inimaginable quand on pense aux conséquences. Le voilà son plus beau jouet. Appuyer sur le gros bouton rouge (tourner une clé). Il est le chef de l’apocalypse (dans son sens populaire et non biblique). Le Camarguais est un des quatre cavaliers et joue de la trompette de la mort. A entendre ça, il y a de quoi tomber sur son cul et se taper la tête contre les murs. Et lorsque l’on entend l’ex-soixante-huitard droit-de-l’hommiste (tout ce qu’a condamné le lider lors de son dernier discours électoral mais qu’il a intégré dans son gouvernement) nous promettre la guerre avec l’Iran, on devient pâle et blême.

A Cherbourg, Sarkoguerre veut dénucléariser le monde. En fait, il veut abaisser les douves étrangères du baquet nucléaire mondial pour les ramener au niveau de la France afin que relativement le feu atomique de celle-ci sans bouger de place remonte par effet inverse à un niveau comparable. Nos réserves en tête nucléaire sont suffisantes pour les vingt prochaines années, nous n’avons plus besoin de recherches militaires à faire. Ce qui a sans doute échappé aux observateurs c’est dans ce discours le rappel du 13 juillet. Il y tient ce déclaré chef des armées à son pouvoir d’appuyer sur le bouton : "Notre dissuasion nucléaire nous protège de toute agression d’origine étatique contre nos intérêts vitaux, d’où qu’elle vienne et quelle qu’en soit la forme. Ceux-ci comprennent bien sûr les éléments constitutifs de notre identité et de notre existence en tant qu’État nation, ainsi que le libre exercice de notre souveraineté." Et de préciser : "Tous ceux qui menaceraient de s’en prendre à nos intérêts vitaux s’exposeraient à une riposte sévère de la France, entraînant des dommages inacceptables pour eux, hors de proportion avec leurs objectifs. Ce seraient alors en priorité les centres de pouvoir politique, économique et militaire qui seraient visés." A ceux qui pensent que ce discours est normal car il s’agit de l’inauguration d’un sous-marin nucléaire, je dirais que la Russie sans discours fait défiler ses armes et cela suffit pour faire comprendre que la mort est en mouvement dans ces tonnes de ferraille. Ici Sarkozy tient un discours de guerre froide. Il se met dans la position simulée d’une attaque potentielle. Or, mis à part des terroristes contre lesquels l’arme atomique n’a ni effet ni sens, nous ne sommes menacés par aucun Etat. Aucun. Comparer ce discours avec celui d’un général de Gaulle en velléité d’indépendance par rapport aux Etats Unis, en pleine guerre froide et (presque chaude lors de la baie des cochons) entre l’Est et l’Ouest, avec un poids de la France sans commune mesure avec celui de notre pays actuel n’a aucune signification si ce n’est celle de se donner des arguments par comparaison qui pourtant n’est pas raison. La réponse passe par une meilleure union en Europe et une défense européenne commune. La meilleure réponse est une démarche de paix et de compréhension, mais certainement pas ce que fait Sarkozy qui attise les haines internes à la France, divise, monte les uns contre les autres et propose des symboles en permanence qui nous ramènent à la guerre et à ses horreurs. Et, en arrière-fond à tout cela, il y a la malsaine glorification de la religion. La croisade n’est pas loin. Sarkozy n’aime pas la paix, sauf avec les dictatures.

* texte du communiqué  :

Message adressé à M. Hu Jintao, président de la République populaire de Chine

Le président de la République appelle à la retenue et à la fin des violences par le dialogue au Tibet.

Il a adressé un message au président Hu Jintao lui faisant part de sa profonde émotion à la suite des événements tragiques récents.

Le président de la République émet le vœu que le dialogue engagé depuis plusieurs années entre les autorités chinoises et les représentants du Dalaï Lama reprenne rapidement et s’approfondisse, afin que tous les Tibétains se sentent en mesure de vivre pleinement leur identité culturelle et spirituelle au sein de la République populaire de Chine.

Le président de la République a exprimé la disponibilité de la France à faciliter cette reprise du dialogue, dans le cadre du partenariat stratégique franco-chinois.

 

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